Pratiquer et apprendre la psychologie du Bouddhisme tibétain et du Boeun

Enseignement laïc par Pascal Treffainguy

Bouddhisme et homosexualité


 

écrit pour l'association gay luxembourgeoise Rosa-Luxembourg en 2000.

par Pascal Treffainguy / bLama Detchen Kunzang Trinley Odzer.

 

 

La question des rapports entre l'homosexualité et le Bouddhisme apparaît pour la première fois dans un enseignement de Bouddha définissant les fautes monastiques susceptibles d'impliquer l'exclusion de sa communauté de renonçants. Il est ainsi écrit : "Si un moine pratique l'acte sexuel dans ce passage ( l'anus ), même si la pénétration ne dépasse pas la taille d'un grain de sésame, il est coupable d'une faute" ( Samantapâsâdika ). 

 

On peut noter déjà que l'interdit ne porte pas sur la sodomie en tant que telle mais sur le fait de la subir, et ce, dans le cadre du monastère. C'est là un fait précis qui est envisagé et que l'on doit donc garder en mémoire si l'on veut comprendre que, plus tard, on verra se développer des mœurs homosexuelles, sur le prototype grec, au sein même des monastères, et entre moines et novices (non entre moines). 

 

L'interdiction formulée par Bouddha n'est donc pas exclusive et ne peut en aucun cas être universalisée. La preuve en est que Kukaï Kôbô Daichi, le créateur du Bouddhisme ésotérique (ou Shingon) et sans doute le moine du passé le plus honoré de nos jours encore, a introduit l'homosexualité dans la culture nippone depuis la Chine dés le 9ème siècle ( elle était inconnue jusqu'à là sur l'île du Soleil Levant, nous dit-on ). De son fait, elle est devenue pour longtemps un signe de raffinement intellectuel au Japon, voire même un mode de transmission initiatique privilégié entre maîtres et disciples des Voies secrètes du Bouddhisme et des aspects intérieurs du culte impérial shintô. 

 

Toutefois, cette attitude favorable à l'homosexualité entre personnes de goût s'est progressivement perdue au fur et à mesure de la corruption de l'idéal bouddhique. La cupidité et le relâchement intellectuel des moines ont été assimilés à leur absence de conceptions duelles quant à la sexualité. Au mieux, on verra par la suite l'homosexualité comme une sorte de préparation à la vie hétérosexuelle (on rejoint encore ici l'idéal platonicien). Au pire, les homosexuels seront poursuivis et châtiés dans des périodes de puritanisme où l'on veut resserrer les rangs face aux critiques des anticléricaux (notamment dues au statut fiscal très favorable des monastères). 

 

Plus généralement dans le Hinayana, c'est à dire le Bouddhisme du Sud-Est asiatique, homosexualité, onanisme et même le corps lui-même tout entier sont rejetés comme impurs et facteurs de renaissance dans le cycle des existences. On sait maintenant que ce Bouddhisme n'est pas la doctrine originelle de Bouddha et qu'il est hétérodoxe (malgré les tentatives d'observateurs non qualifiés de l'utiliser comme machine de guerre contre l'Église catholique ou pour justifier leurs vues anti-traditionnelles). On laissera donc ses prescriptions à ceux qui, incapables de vivre dans le monde dans la Voie du Juste Milieu définie par le Bouddha, préfèrent s'enfermer dans les interdits et la dualité. Sans oublier que selon un adage pastoral lui aussi plus que bi-millénaire : « Qui veut faire l'ange fait la bête ». 

 

Dans le Mahayana, qui s'est développé à partir du 2ème siècle puis en compagnie du Christianisme nestorien, l'homosexualité n'a pas de statut spécifique. L'idéal est celui du Boddhisattva qui a vaincu l'attachement au "moi" et au "mien" pour se mettre au service de l'Éveil et du bienfait d'autrui. L'homosexualité peut être alors considérée comme un simple moyen. Si elle rapproche de l'Éveil, elle est recommandée. Si elle en éloigne, elle est blâmable. 

 

Le « Sûtra de l’Estrade » est assez clair sur ce point, sans qu'il soit possible d'accuser le Bouddha de laxisme. Après sept ans de méditation ascétique et de jeûne, cela serait assez irrévérencieux ! … Plus généralement, le Mahayana met l'accent sur la passion amoureuse qui, par son caractère exclusif et égocentré, détourne de la compassion universelle pour tous les êtres. Le caractère impermanent et insatisfaisant de l'existence humaine doit normalement conduire à une réflexion sur la nature même des passions. 

 

Notre sexualité est-elle au service de l'autre ou un mécanisme névrotique de compensation psychologique destiné à venir au secours d'un "moi" menacé ? La question est posée assez abruptement au laïc. 

 

Dans le cadre monastique, l'accent est mis sur les obligations des moines. Une fois que le choix est fait entre vie laïque ou vie consacrée, il vaut mieux plutôt rendre ses vœux de moines que de jouer la carte de l'hypocrisie. 

 

On a vu dernièrement en Thaïlande un patriarche du Bouddhisme national (déguisé en officier de l'armée thaïlandaise pour la circonstance) être contraint à la démission pour avoir acheté le commerce de prostituées avec les dons des fidèles naïfs (source : revue bouddhiste Samsara, n°21, 01-03/2001).

 

L' Empereur nippon Shirakawa écrira, désabusé des faux semblants de ces religieux qui rendent détestable la religion, : « Ceux qui cachent leurs pêchés portent le nom de moines ; ceux qui évitent d'en commettre celui de Bouddha ».

 

Il est vrai aussi que dans le cadre des pratiques de méditation, toute l'énergie physique et psychique des moines doit être orientée vers l'Éveil. Dés lors, la seule activité sexuelle - et même les pensées - sont autant d'obstacles sur le chemin. Le « Sûtra du Filet de Brahma » prescrit ainsi une totale chasteté pendant ces périodes. 

 

Le Zen, en tant que doctrine du Mahayana, s'appuie sur cette position pour justifier l'interdit, quelle que soit par ailleurs le mode d'expression sexuelle. Tout cela nous mène naturellement au Vajrayana, le stade le plus élaboré du Bouddhisme auquel appartiennent celui du Tibet (le Lamaïsme) et le Shingon du Japon. 

 

Ici, il convient de distinguer trois états subtils (internes) de l'homme en relation avec la doctrine traditionnelle des Trois Mondes (plus connue sous le nom occidental d'Hermétisme). 

 

L'homme ordinaire est celui qui n'a reçu aucun sacrement. Il est dit anti-solaire (ou terrestre). Il est livré sans protection à son « karma », c'est à dire aux conséquences des actes commis par lui-même, et ses ancêtres physiques et psychiques (le pêché dans le cadre biblique). 

 

Le Vajrayana, ne connaissant pas plus de notion de réincarnation que de moi éternel, met l'accent sur les traces que nos actes laissent dans notre anatomie subtile (les fameux "chakra") et leur transmigration sur celle d'êtres à naître après notre propre mort. Dés lors, pourvu que cela soit sans conséquence karmique fâcheuse pour lui ou autrui, l'homme anti-solaire peut bien adopter le comportement sexuel qui lui plaît. Toutefois, il s'expose le plus souvent de plein fouet aux traces karmiques laissées par ses ancêtres, qui le conditionnent négativement ou positivement. Des obstacles peuvent alors se dresser dans sa vie, qui paraissent tout à fait injustes et inexplicables. 

 

La pratique sexuelle, dont l'homosexualité, peuvent être ainsi à la source d'un mûrissement karmique qui déclenche toute une série d'événements (les chaînes de la causalité définies dans l'enseignement des douze causes de l'interdépendance des phénomènes samsâriques - Samyutta Nikaya). 

 

L'homosexualité est même considérée comme un facteur assez puissant de ce déclenchement du fait qu'un centre subtil de grande importance réside à la base de la colonne vertébrale (la "Kundalini"), et ce, au même titre que le coït anal hétérosexuel (d'où les prescriptions sexuelles des religieux … qui agacent les libertins). 

 

Pour échapper à ce processus parfois infernal (ou paradisiaque, cela dépendant du karma de chaque être), l'homme a la possibilité de recevoir des sacrements religieux qui lui ôtent sa nature anti-solaire (terrestre) pour lui octroyer une nature lunaire. … L'homosexualité est alors généralement des interdits, non pas explicitement mais implicitement en tant qu'exception à l'ordre social institué par la religion. Il est donc tout à fait vrai que l'homosexualité psychique (non reviendrons sur ce terme) est contraire à l'ordre public des sociétés d'inspiration métaphysique intégrales. … 

 

La Loi, même bouddhique, révèle le pêché tout autant que la vertu. A vrai dire, c'est là son unique rôle tant elle ne fait que mettre à jour des tendances naturelles, souvent enfouies au plus profond de l'inconscient (cette notion bouddhique de fond mémoriel diffus ne recoupe pas exactement la définition freudienne). De là, seule la qualification religieuse leur attribue un caractère de mal ou de bien dans le cadre d'une société donnée, mais il n'est en rien universel. 

 

Dans le cadre judaïque qui a une source commune avec le Bouddhisme Dzogchen tibétain, on se souvient que Jésus aborde le fait homosexuel sous l'image de l'eunuque alors qu'il vient d'expliquer aux apôtres les conséquences post-mortem du mariage hétérosexuel ( et qui en sont épouvantés ) : 

« Les disciples lui dirent : "Si telle est la condition de l'homme envers sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier". Il leur répondit : "Tous ne comprennent pas ce langage mais seulement ceux à qui c'est donné. En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus eux-mêmes eunuques à cause du Royaume des Cieux. Comprenne qui peut comprendre » ( Matthieu, XIX, 10 ).

 

Cette déclaration est tout à fait acceptable dans le cadre du « Tantra de Kalachakra », détenu par le Dalaï Lama et généralement les Empereurs orientaux. Pour cette tradition d'origine mésopotamienne, une essence subtile, peut-être de nature hormonale, est sécrétée par le cœur au moment même de la conception de l'enfant. La façon dont cette goutte va se polariser lors de la gestation déterminera le futur comportement sexuel de l'enfant. Ainsi, les enfants sont en grande majorité hétérosexuels. Pourtant, certains sont homosexuels, tout aussi naturellement. 

 

Il serait hypocrite de refuser ce constat que tout naturaliste aura fait dans son observation du règne animal. Pour ceux qui verraient dans cette disposition naturelle une abomination que l'homme doit combattre, nous rappellerons le simple fait écologique. Les espèces ont des modes innés de sélection et une approche instinctive de la sexualité qui appartiennent à la création toute entière. 

 

On parle d’ailleurs de nos jours de la mutation du gène N38, provoquée par la violence dans la lignée maternelle. Une lignée de plusieurs générations de femmes confrontées à des mâles violents vont spontanément faire muter ce gène. Il a pour incidence de générer des enfants plus féminins de caractère, et de corriger la transmission des pratiques de violence. Si les femmes s’entêtent à se reproduire avec des époux trop agressifs, leurs descendants devenus homosexuels les priveront de descendance et ils éteindront leur lignée. 

 

Dans le cadre catholique, l'homme, en tant que créature, ne saurait donc échapper à l'ordre par lequel Dieu a créé le monde (qui le concerne lui tout autant que les autres êtres sensibles et non sensibles), sauf à "chuter" (comme l'exprime nettement la mythologie du Livre de la Genèse) ou à considérer Dieu comme un mauvais démiurge (comme le font les Bogomiles). 

 

Il est donc des hommes qui sont homosexuels du fait de la nature et de leur nature même, sans que cela soit imputable à un "pêché" quelconque de leur fait individuel. Mis à part ces cas naturels, certains hommes, encore, sont homosexuels du fait des autres hommes, nous dit Jésus. Le Christ pourrait faire référence ici à un processus d'accumulation d'essences neurales que décrit le Tantrisme de l'Inde et du Tibet, d'ailleurs aussi bien hindou que bouddhique. En effet l'adoption d'une nature lunaire (du fait de sacrements religieux) entraîne, dans la vision de Kalachakra, une accumulation d'essences blanches (dites pères) et rouges (dites mères) à partir de celle du cœur (androgyne). 

 

A terme, de génération en génération, l'accumulation doit avoir été suffisante pour que l'homme religieux (ou lunaire) redevienne "solaire", mais alors sans aucune crainte des traces karmiques (littéralement brûlées lors de son Éveil spirituel), c'est à dire non pas comme dans le cas de l'homme anti-solaire que nous avons envisagé plus haut. 

 

Lorsque ce processus n'est plus compris et que les rites sont célébrés pour les rites, la Loi respectée pour elle-même, et que le Puritanisme sévit, certains individus peuvent s'inverser spontanément. Ils sont alors des homosexuels psychiques, et non plus naturels, leur cas relevant de la maladie mentale, ou tout du moins du "pêché collectif". 

 

L'Église catholique comme le Bouddhisme ont tenté d'encadrer ce risque en prononçant des interdits et des sanctions (d’où à l’excès, les persécutions). L'inconvénient de cette homosexualité psychique est qu'elle est réputée détruire l'accumulation de mérites des ancêtres physiques et psychiques, qui sont alors gaspillés dans une sorte de carnaval parodiant la société et la religion. 

 

Individuellement, on pourrait trouver cela drôle et dire : "tant pis". Toutefois, ne sont plus diffusées à terme par ce type d'homosexuels psychiques que des influences karmiques qui se dispersent dans l'environnement mental collectif. On peut alors parler d’une « épidémie d’homosexualité », même si le terme est synonyme de pathologie et fait craindre le pire. 

 

La pratique psychothérapeutique dans le cadre bouddhiste nous a forcé à l'humilité : Que savons-nous de nos tendances sexuelles ? Ne peuvent-elles pas être aussi acquises, et pas seulement innées comme dans le cas naturel ? Quelles sont alors les parts respectives de la détermination karmique et de la volonté de l'individu dans son comportement sexuel ? 

 

On a parlé de conditionnement à l'hétérosexualité, voire de "dictature hétérosexuelle". Ne peut-on craindre de même une dictature d'un libertinage ou d'une homosexualité s'érigeant en modèles sociaux ? L'épuisement des mérites ancestraux par l'homosexualité psychique s'accompagne généralement d'une féminisation de la société. 

 

Au terme final, le climat social tourne à la mascarade : les hommes singent les femmes, les femmes singent les hommes. On le voit bien dans les Gay-Prides qui, somme toute, parodient inconsciemment les charismes ou les mythologies fondateurs de la civilisation : nonnes morbides, curés vicieux, êtres androgynes géants perchés sur des échasses, démons démiurgiques surnaturels, anges de la mort, … dont la source d'inspiration réelle échappe à ceux qui créent ces personnages. D'une certaine façon, on peut dire que ces enfants sont les acteurs de la fin de la civilisation qui les a produits et qui n'a pas su les aider à s'éveiller spirituellement. 

 

Le Pape Jean Paul II a vu dans les Drague-Queens de la Gay Pride 2000 de Rome : « une insulte au Christianisme ». Dont acte ! Elle fut sans doute plutôt le rappel inconscient de l'incapacité initiatique des sociétés désacralisées et de leurs vestiges religieux. Peut-être même un tout aussi inconscient appel au secours d'êtres en plein désarrois affectif et mental. C'était là pourtant traditionnellement le rôle des fêtes de l'âne ou des fêtes des fous médiévales que de rappeler le rôle réel et la place de chacun ( inversés pour le temps du carnaval ). … 

 

Toutefois, on n'en serait pas arrivé là si l'homosexualité était encore comprise dans son principe. Si un baptisé catholique ou bouddhiste n'a pas intérêt à vivre son homosexualité (tout du moins en attendant son Eveil spirituel), laissons libres les non-croyants de s'y épanouir dans l'amour et le respect d'autrui. On ne peut légiférer "universellement", sauf à risquer le sectarisme et l'incompréhension. 

 

Le Bouddhisme n'a pas su toujours éviter cet écueil et il n'est pas rare d'entendre des propos homophobes chez certains Lamas tibétains. Il sont inadmissibles et doivent être dénoncés comme tels. Il y a là beaucoup d'hypocrisie profitant gracieusement du flou jeté par Hollywood sur la nature réelle du Bouddhisme en tant que religion. 

 

Il est vrai néanmoins que les sociétés, qui ont conservés des vestiges traditionnels mais qui sont en voie de laïcisation plus ou moins avancée, ont toujours une grande difficulté à lever les tabous religieux qui, normalement, ne devraient plus les concerner. Une fois le désordre introduit, on ne voit pas ce qui l'empêcherait de se perpétuer pour ainsi dire à l'infini et dans tous les domaines. … 

 

Loin de ce sentimentalisme ignorant, Jésus envisage encore une troisième forme d'homosexualité : « à cause du Royaume des Cieux ». La tradition de Kalachakra enseigne de même qu'il est possible d'inverser la goutte du cœur pour produire un comportement "inversé", ou homosexuel, de nature spirituelle. 

 

Quel est-il ? S'agit-il véritablement d'une pratique physique de type sexuel qui donnerait un cadre légal à l'homosexualité masculine ? L'imagerie tantrique prête parfois à confusion et ce n'est pas le personnel oriental, le plus souvent en pleine déconfiture doctrinale lui aussi, qui permettra d'éclairer la situation. En effet, les propositions religieuses ou spirituelles venues de l'Orient sont le plus souvent des sous-produits. 

 

Généralement, le Tantrisme décrit l'homosexualité spirituelle, envisagée par Jésus, comme un processus de dépolarisation destiné à diffuser des influences de guérison et d'autres vertus (aussi énoncées par les Évangiles comme une effusion de l'Esprit Saint). Si un être spirituel authentique est naturellement homosexuel, son orientation ne pose alors aucun problème, comme tout ce qui pourrait être un poison pour un homme lunaire (religieux, "à cause des hommes"). 

 

St Marc nous décrit dans les termes suivants les miracles qui accompagneront de tels êtres, quelle que soit leur préférence sexuelle : 

« Ils chasseront les démons ; ils parleront des langues nouvelles ; ils prendront dans leurs mains des serpents ; et s'ils boivent quelque poison mortel, cela ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains à des malades et ceux-ci seront guéris » (Marc, XVI, 17). 

 

Dans le cadre de Kalachakra, cet état est décrit comme la maîtrise de son élément solaire par l'homme, c'est à dire de sa capacité à rayonner des influences spirituelles, hors de toute contrainte karmique (dans le contexte judéo-chrétien, « de tout pêché des parents qui avaient mangé les raisins verts, ce qui a agacé les dents des enfants »). Cette possibilité est vécue par tout Boddhisattva qui a atteint au moins la première "Terre Pure" (un des neufs états spirituels qui précédent celui de Bouddha ). … 

 

Il est nécessaire de préciser ici que la Terre Pure bouddhique, le Royaume des Cieux ou encore celui du Prêtre Jean chrétiens ne sont des mondes post-mortem (ou des paradis que rejoindront les Justes à leur mort ou à la Fin des Temps) que pour l'homme lunaire (le fidèle d'une religion). Le Bouddhisme envisage tout cela comme un état spirituel, et cet état était celui dans lequel vivaient généralement les membres de la Cour Impériale des sociétés d'inspiration métaphysique. 

 

Bouddha et Moïse ont été tous deux élevés dans un tel contexte ( respectivement en Inde et en Égypte ). Tous deux ont décidé de le quitter, sans doute à cause de sa décadence intellectuelle (on voit un entourage de "magiciens", plus ou moins identiquement malsain, tout autant autour du père de Bouddha que du Pharaon, père adoptif du patriarche hébreu), pour créer autour de leurs personnes leurs propres communautés. Dans ce cadre, l'homosexualité était vécue comme un comportement sexuel possible, parmi d'autres. 

 

Ce retour à l'état édénique est, en effet, décrit dans le mythe de la Genèse comme celui où le fruit de la connaissance du bien et du mal n'est pas consommé. L'homosexualité a donc sa place dans la vie d'un homme spirituel (et non du fidèle d'une religion) et ne constitue alors aucunement un mal (qui ne peut plus être conçu). Un adage oriental illustre ce fait : « le défaut est dans l'œil, non dans l’objet". … 

 

L'homosexualité peut être validement un modèle spirituel, bouddhique ou chrétien, pourvu que l'individu qui s'y adonne présente naturellement (et non psychiquement) cette disposition. … A ce titre, il faut garder en tête que, généralement, ce sont les gens les moins sûrs d'eux, ou ceux qui ont le moins compris la nature de leur engagement dans une religion, qui seront les plus agressifs envers les homosexuels, ou qui seront les plus critiques envers les spirituels. C'est là un mécanisme de projection tout à fait commun qui veut aussi que les prostituées soient responsables de la misère sexuelle, ou les victimes d'accidents ceux de l'insécurité routière. Le procès est vieux comme le monde ! Il y a aura toujours plus d'imbéciles que de sages. 

 

Il est bon aussi de se souvenir que, dans le cadre même du Bouddhisme spirituel, un tel choix est courageux. Le Lama John Blofeld écrivait : 

« Les disciples tantriques doivent faire face au fait que leur attitude devant la vie prête particulièrement le flanc au dénigrement et à la calomnie. En jugeant de sa valeur spirituelle, il ne faut pas oublier que la voie tantrique n'est pas pour les pêcheurs, mais pour les saints ».

 

Dans le cadre bouddhique, l'homosexualité ne souffre donc d'aucun interdit universel et d'aucune condamnation de principe. Toutefois, il est important que chacun puisse faire son choix en conscience. L'homme a-religieux n'a rien à perdre à vivre son homosexualité, peut-être même au contraire. Dans nos sociétés rongées par l'individualisme et la désacralisation de la vie, l'union de deux êtres qui s'aiment sincèrement sera toujours un rayon de soleil. 

 

Par contre, le laïc ou le clerc engagés dans une religion devront conformer leurs comportements sexuels aux obligations inhérentes aux sacrements qu'ils ont reçus. Cela exclut l'homosexualité et un statut social du couple homosexuel (par absence de sens cosmologique, contrairement au couple hétérosexuel qui reproduit la polarisation primordiale féminin/masculin en vue se sacraliser la relation). L'homme qui a pu s'éveiller spirituellement (le Chrétien et non le Catholique, le Tantrique et non le Bouddhiste, le spirituel et non le religieux), quant à lui, peut bien faire ce qui lui est utile, à lui ou à autrui. 

 

On ne demande même pas que la nature de sa pratique de l'homosexualité soit parfaitement comprise : 

« Si une chose contribue au progrès spirituel, elle est bonne ; que la théorie sous-jacente soit bien comprise ou non, cela importe peu ou beaucoup dans la mesure où cette compréhension affecte la qualité et la direction de la pratique. C'est vrai, le Bouddhisme est une religion qui prône la raison, mais il est raisonnable qu'un homme utilise la lumière électrique dans sa maison, qu'il comprenne ou non comment est produit le courant … ( son ) pouvoir est à notre disposition, que nous comprenions ou non ( sa ) nature » ( Lama John Blofeld, « Le bouddhisme tantrique du Tibet » ).

 

Toutefois, il est demandé aux homosexuels spirituels (et d'autant plus aux autres) de tenir compte de la difficulté, pour ceux qui ont pris des engagements religieux, de "tenir jusqu'au bout" (et de ne pas être tentés de "se laisser passer la ceinture par un autre et de se laisser conduire où ils ne voudraient pas", comme Jésus le craint pour son disciple Pierre dans le texte johannique - Jean XXI, 18). … 

 

Avant de condamner les homosexuels sur le principe, certains Bouddhistes feraient bien de s'occuper d'abord d'être spirituels. Somme toute, de vivre un peu moins de la lettre et un peu plus de l'Esprit. Le débat est vieux comme le monde … et fait toujours grincer les mêmes dents. Le mythe de Sodome rejoint également le Bouddhisme, laïc et monastique, pour qui celui qui accepte de subir la sodomie peut être condamnable : non pour son acte en lui-même, mais du fait des difficultés qu'il peut susciter au sein de sa communauté (il est alors auteur du malheureux "scandale" qu'envisage Jésus, c'est à dire d'un désordre). 

 

L'homosexuel, comme tout homme, est donc condamnable du fait de son état spirituel (intellectuel, et non simplement mental), qui le rend apte ou non à rester dans tel ou tel cadre (en l'espèce : terrestre, lunaire ou solaire), mais non en tant que tel. Il est tout à fait intéressant de noter que les Kanaks de Nouvelle Calédonie sont favorables à toutes les pratiques sexuelles, mais pourvu qu'elles s'opèrent dans le cadre de l'intimité, et non de la vie coutumière. Il n'y a donc pas là de "mariage gay". Les "Sauvages" sont sans doute beaucoup plus "civilisés" que ce que les modernes voudraient nous faire croire … 

 

La modernité, sous cet aspect encore, n’a rien inventé et est le plus souvent un tissus d’imbécilités habituelles. 

 

Extraits de « Bouddhisme et homosexualité » De Pascal Treffainguy / bLama Detchen Kunzang Trinley Odzer.